français
EXTRAITS DE HANSARD
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COMPTES-RENDUS DU SÉNAT DU CANADA:L'extrait suivant provient du rapport de Hansard de la Sénat du Canada.
Débats du Sénat (hansard)
2e Session, 36e Législature,
Volume 138, Numéro 81
Le mardi 17 octobre 2000
L'honorable Gildas L. Molgat, Président
Le commissaire à la protection de la vie privée
Adoption de la motion d'approbation de la nomination de George Radwanski
L'ordre du jour appelle:
Reprise du débat sur la motion de l'honorable sénateur Hays, appuyée par l'honorable sénateur Graham, c.p.:
Que, conformément à l'article 53 de la Loi sur la protection des renseignements personnels, chapitre P-21 des Lois révisées du Canada (1985), le Sénat approuve la nomination de George Radwanski, à titre de commissaire à la protection de la vie privée.
L'honorable Marcel Prud'homme: Honorables sénateurs, je croyais que la motion était inscrite au nom du sénateur Kinsella.
L'honorable Dan Hays (leader adjoint du gouvernement): Honorables sénateurs, c'est exact. Je fais une observation avec la permission du Sénat. Le chef de l'opposition voudra peut-être intervenir sur la question de la poursuite du débat en l'absence du sénateur Kinsella.
Le sénateur Prud'homme: Il est ici maintenant.
L'honorable John Lynch-Staunton (chef de l'opposition): Le sénateur Kinsella est sorti pour quelques minutes, et j'ignorais qu'il voulait prendre la parole au sujet de cette motion.
J'ai cru comprendre qu'il ne voulait pas intervenir à ce sujet.
Honorables sénateurs, nous avons été impressionnés par l'exposé et l'échange d'hier soir. Nous sommes tout à fait disposés à appuyer la nomination. Nous n'avons plus rien à ajouter de ce côté-ci, l'échange d'hier nous ayant permis de bien évaluer le candidat.
Le sénateur Prud'homme: Honorables sénateurs, on nous demande d'approuver la nomination de M. Radwanski au poste de commissaire à la protection de la vie privée, peut-être un des postes les plus importants et délicats de notre démocratie parlementaire.
M. Radwanski nous a dit plus tôt que ses antécédents faisaient de lui la personne la plus qualifiée pour occuper le poste. Je me permets de diverger d'opinion. En 1983, M. Radwanski, alors rédacteur en chef du Toronto Star, a écrit un éditorial très téméraire et scandaleux intitulé: «Serrer la main d'un terroriste», dans lequel il me fustigeait parce que j'avais serré la main de M. Yasser Arafat et osé faire ce que tout le monde à l'exception d'Israël avait fait dans les résolutions numéros 194, 242 et 338 des Nations Unies, c'est-à-dire, reconnaître que les Palestiniens sont des êtres humains comme vous et moi et qu'ils ont le droit d'exister.
Il n'est pas utile que je vous ennuie avec les détails de cet éditorial obtus ou que je vous rappelle le tort et les inconvénients qu'il m'a occasionnés, mais je vous en donne lecture. Le texte est très court.
Le Toronto Star, le 18 février 1983: «Serrer la main d'un terroriste».
Lorsque de simples députés commencent à élaborer leur propre politique étrangère, les résultats sont embarrassants pour le gouvernement, le parti et le pays.Marcel Prud'homme est un député libéral qui appuie depuis longtemps l'Organisation de libération de la Palestine. Il vient d'apparaître à Alger en tant qu'«observateur» lors d'une réunion de l'OLP. Nous avons vu une photographie le montrant souriant, main dans la main avec Yasser Arafat, le chef de l'OLP.
Il est temps que des membres importants du gouvernement lui rappelle que le gouvernement du Canada ne reconnaît pas l'OLP comme étant une organisation politique légitime.
L'OLP est une fédération de bandes terroristes qui a passé outre au droit international dans le cadre de sa violente campagne contre Israël. Si Prud'homme veut vraiment observer l'OLP à l'oeuvre, il devrait surveiller certains de leurs hommes de main qui tirent sur des autobus bondés circulant sur une autoroute près de Tel Aviv, qui font sauter une bombe dans une rue de Jérusalem ou qui lancent une grenade dans une colonie agricole israélienne.
Depuis plusieurs années, l'OLP s'est efforcée d'amener les gouvernements occidentaux à oublier son passé sanglant et à la traiter sur un pied d'égalité: une sorte de gouvernement en exil et le seul représentant légitime du peuple palestinien. Lorsque des hommes politiques occidentaux comme Prud'homme se présentent à des réunions de l'OLP et s'expriment publiquement en faveur de l'OLP, ils aident cette dernière à revendiquer une respectabilité à laquelle cette bande de tueurs n'a pas droit.
Honorables sénateurs, ce fut pour moi une pièce classique de terrorisme culturel qui a lourdement porté atteinte à ma vie personnelle, et à ma sécurité pendant une longue période par la suite. Les questions appelant des réponses sont nombreuses. Devrions-nous permettre à une personne qui professe un point de vue aussi violemment biaisé et clairement méprisable, et j'ajouterai raciste, de détenir un poste de nature aussi délicate?
Je tiens à rappeler aux honorables sénateurs que j'ai été envoyé en Égypte en 1970 pour participer à une conférence de parlementaires pour la paix. En 1974, j'ai été envoyé aux Nations Unies par M. Trudeau pour participer à une rencontre intégrale, bien que certains événements soient survenus là avec M. Arafat et que l'ambassadeur de l'époque M. Rae ne les ait pas approuvés. Le premier ministre n'a pas jugé bon de me rappeler. Le premier ministre du Canada - et M. Radwanski a beaucoup écrit à son sujet - a fait ensuite de moi son représentant personnel à l'occasion de la réouverture du canal de Suez en 1974. Il m'a amené rencontrer le président Carter et il m'a amené au Japon. Le premier ministre m'a permis de présider les comités des affaires étrangères et de la défense nationale pendant plus de dix ans et il m'a consulté sur la question des conscrits réfractaires des États-Unis, et d'autres questions semblables.
Honorables sénateurs, j'ai toujours eu le soutien deM. Trudeau dans toutes mes interventions. Tout le monde prétend avoir été son ami, tout le monde dit l'avoir bien connu. Je ne prétends pas être un ami personnel de M. Trudeau, mais j'ai toujours prétendu faire ce que j'estimais être pertinent, et je n'ai jamais pensé qu'il allait m'en décourager. Au contraire, l'encouragement qu'il m'accordait était fort bien connu.
Je précise à l'intention de ceux qui ne comprendraient pas, en particulier les 40 nouveaux sénateurs, que c'est l'une des raisons pour lesquelles je siège seul dans mon coin, moi qui suis un libéral de coeur et qui peut appuyer les libéraux. Je regrette qu'on n'ait pas jugé bon de nous soumettre des noms, afin que nous puissions mieux choisir. Je n'ai pas d'objection à ce que M. Radwanski appuie le Parti libéral, comme je l'ai dit hier. J'ai moi-même souvent appuyé M. Bruce Phillips, qui était un libéral.
Je n'ai rien contre l'intelligence de M. Radwanski. J'en ai, cependant, contre certaines de ses idées si fortement arrêtées. Les opinions qu'il a exprimées avec autant de force n'ont eu qu'un effet sur les membres du caucus libéral national: elles ont découragé tous les jeunes parlementaires qui auraient voulu jouer un rôle dans le domaine des affaires internationales. Là est le problème. Ce n'est pas le fait que j'aie été attaqué, mais le fait qu'il ait découragé les gens de prendre position au sujet de questions internationales d'importance majeure.
Honorables sénateurs, nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas des représentants provinciaux, nous sommes des représentants fédéraux et que quiconque est candidat au niveau fédéral devrait se souvenir d'une chose. Il devrait se rappeler qu'outre ses obligations à l'égard de la région du pays qu'il représente, il doit aussi s'intéresser aux questions internationales. Un représentant fédéral qui prétend n'avoir aucun intérêt pour les questions internationales n'a pas sa place dans une Chambre du Parlement fédéral.
Quel que soit le risque, il ne faut jamais craindre de défendre sa propre conception de la justice et de la paix pour tous. Mon père me disait toujours que quand on parle de justice et de paix, on le fait pour tous. Il m'a dit qu'on ne peut pas choisir et j'ai toujours refusé de le faire. C'est ce qui explique que je me sois attiré autant d'ennuis.
Honorables sénateurs, lorsque j'entends cet homme nous demander notre appui, je ne crois pas que ses opinions aient changé et je ne crois pas que je lui accorderai mon appui.
Honorables sénateurs, je terminera sur la question suivante: Ce commissaire à la protection de la vie privée sera-t-il juste envers tous les Canadiens? Cela comprend, qu'on le veuille ou non, les Canadiens d'origine arabe, les Canadiens de religion musulmane, et des gens comme moi, qui veulent une véritable paix au Proche-Orient. Le plus important, compte tenu de tout ce nouveau discours concernant le «mérite», «l'équité» et «l'inclusion», est peut-être de se demander si M. Radwanski est le Canadien le plus qualifié pour occuper ce poste. J'espère sincèrement que le Sénat réfléchira sérieusement à ces questions, au lieu de perpétuer l'image, aux yeux du public, d'une assemblée qui approuve sans discuter ce que veut la Chambre basse.
Son Honneur le Président: Si aucun autre sénateur ne veut prendre la parole, je vais mettre la motion aux voix. L'honorable sénateur Hays, appuyé par l'honorable sénateur Graham, c.p., propose:
Que, conformément à l'article 53 de la Loi sur la protection des renseignements personnels, chapitre P-21 des Lois révisées du Canada (1985), le Sénat approuve la nomination de George Radwanski, à titre de commissaire à la protection de la vie privée.
Plaît-il aux honorables sénateurs d'adopter la motion?
Des voix: D'accord.
Le sénateur Prud'homme: Non, je veux un vote par assis et levé.
Son Honneur le Président: Que les sénateurs qui sont en faveur de la motion veuillent bien dire oui.
Des voix: Oui.
Son Honneur le Président: Que les sénateurs qui sont contre la motion veuillent bien dire non.
Des voix: Non.
Son Honneur le Président: À mon avis, les oui l'emportent.
Et deux sénateurs s'étant levés.
Son Honneur le Président: Y a-t-il entente sur la durée du timbre? S'il n'y a pas d'entente, il sonnera pendant une heure.
Le sénateur Hays: Honorables sénateurs, je suggère que le timbre sonne pendant 15 minutes.
Son Honneur le Président: Est-on d'accord, honorables sénateurs, pour que le timbre sonne pendant 15 minutes?
Des voix: D'accord.
Son Honneur le Président: Le vote aura lieu à 16 h 25. Convoquez les sénateurs.
(La motion, mise aux voix, est adoptée.)
POUR
LES HONORABLES SÉNATEURS
Adams, Andreychuk, Austin, Bacon, Banks, Beaudoin, Bolduc, Bryden, Buchanan, Callbeck, Carstairs, Christensen, Cook, Corbin, De Bané, DeWare, Fairbairn, Ferretti Barth, Finnerty, Fitzpatrick, Furey, Gill, Grafstein, Gustafson, Hays, Hervieux-Payette, Joyal, Kennedy, Kenny, Kinsella, Kroft, Lawson, Lynch-Staunton, Maheu, Mahovlich, Mercier, Milne, Moore, Pépin, Poy, Robichaud (L'Acadie-Acadia), Setlakwe, Sibbeston, Sparrow, Spivak, Squires, Taylor, Watt, Wiebe-49
CONTRE
LES HONORABLES SÉNATEURS
Atkins, Comeau, Di Nino, LeBreton, Nolin, Prud'homme, St. Germain-7
ABSTENTIONS Forrestall, Gauthier, Meighen, Simard-4
LES HONORABLES SÉNATEURS
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