L'article suivant a paru dans le Globe and Mail de jeudi le 11 janvier 2001. Il a été traduit par Lise Simard.
LE GLOBE AND MAIL -- JEUDI LE 11 JANVIER 2001
MONTREZ-NOUS LA BANQUE
DE DONNÉES
Le professeur
d'histoire BILL WAISER mentionne que les régistres des recensements
historiques sont cruciaux pour que nous nous comprenions comme peuple. Ottawa
doit rendre les documents disponibles.
L'attente de quatre-vingt douze ans est suffisament longue.
Durant les dernières semaines, les pages éditoriales se sont intérrogées sur
un nouveau défi pour l'ancien premier ministre de Terre-Neuve (Capitaine
Canada) dans son nouveau rôle de ministre fédéral de l'Industrie. Laissez-moi
vous faire une suggestion, M. Tobin: donnez suite aux recommandations du
Comité Expert sur l'accès aux régistres des recensements historiques et
faites-nous voir les données historiques sur les canadiens/canadiennes.
Il y a à peu près un an, l'ancien ministre de l'industrie John Manley nomma un
comité expert pour recommander la meilleure manière de résoudre l'impasse sur
l'accès aux recensements ultérieurs à 1901.D'un côté, Statistiques Canada
et le bureau du commissaire privé ont maintenu que dans le passé, les
collectes de données des recensements avaient été obtenues avec la promesse
de la confidentialité. Et de l'autre côté, les Archives Nationales, en accord
avec les groupes d'héritage et généalogiques, s'argumentent sur le fait que
les régistres des recensements constituent un trésor national historique et
devraient être disponibles pour consultation
publique, selon les règlements de la loi actuelle sur l'Accès à l'Information,
92 ans après que le recensement a été pris.
Les cinq membres du Comité Expert, incluant un juge à la retraite de la Cour
Suprême et deux présidents d'université, se sont rencontrés à plusieurs
reprises avec des groupes et des individus intéressés, ils ont lu 2,500 pièces
de correspondance, et ils ont considéré la recherche demandée
par Statistiques Canada. Le rapport du comité expert a été remis au bureau de
l'ancien ministre à la fin de juin 2000. Mais il a été gardé à l'écart du
public pour presque six mois.
Et, quand il a été rendu public le 15 décembre 2000, M. Tobin, le nouveau
ministre, selon la meilleure tradition de Mackenzie King, a demandé une
étude plus approfondie. Est-ce le même homme qui, il a quelques années comme
ministre des Pêches, était prêt à prendre toute la flotte espagnole pour du
turbot ?
La façon dont M. Tobin s'occupe du rapport du comité expert est inquiétante
pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, il est facilement apparant que le gouvernement Chrétien n'aime
pas les solutions proposées par le comité, même si elles sont raisonnables et
judicieuses. M. Tobin a indiqué qu'une consultation publique plus étendue sur
la question des recensements prendra place comme
faisant partie d'une plus grande revision sur les lois sur l'Accès à
l'information et la confidentialité. Ce processus pourrait prendre des années,
surtout qu'on a pas encore annoncé la revision de la loi sur la confidentialité.
Ce qu'il y a encore de plus important, pourquoi ce comité
expert a-t-il été formé si leur travail bien fait était pour être ignoré ?
M. Tobin parle aussi de l' obligation profonde du gouvernement de
respecter la vie privée. De plus, il est membre du même parti qui a passé la
loi sur l'Accès à l'Information et la loi sur la Confidentialité, au début
des années 80, dans un effort déterminé d'établir un équilibre entre
le droit à l'accès et celui du droit à la confidentialité.Les députés qui
ont participé au débat à la Chambre des Communes il y a presque vingt-ans non
pas seulement reconnu que l'élaboration des lois représentait un point
tournant dramatique dans la démocracie canadienne, mais se sont ralliés à
l'idée qu'un équilibre entre l'accès et la confidentialité était louable et
réaliste. Qu'est-t-il arrivé à cette politique ?
M. Tobin fait aussi référence à la promesse de confidentialité que les
canadiens/canadiennes avaient reçue au moment où ils avaient complété le
recensement de 1901. La supposée promesse de Laurier. Le ministre devrait lire
le rapport.
Le comité expert a passé en revue toute l'évidence sur cette matière
et n'a pas trouvé aucune référence de confidentialité à vie, au lieu de
cela, il a affirmé que selon les règlements le matériel des recensements
devait être transféré comme régistre permanent aux Archives Nationales du
Canada. Le comité a ausi recommandé que les régistres des recensements passés
et futurs soient rendus publics après un délai raisonnable, en notant qu'une
telle politique amenerait le Canada au même niveau de pratique que la Grande-Bretagne
et les États-Unis.
Enfin, M. Tobin semble inquiet que les canadiens/canadiennes refuseront de
participer au recensement si l'information est rendue disponible aux chercheurs
même après 92 ans. Ici, le ministre devrait se réferer à l'histoire de sa
propre province. Quand Terre-Neuve s'est joint à la
confédération en 1949, à cause du changement en administration, tous les régistres
des recensements jusqu'à 1945 et incluant 1945, ont été rendus accessibles au
public. Ça n'empêche pas les terre-neuviens de continuer à participer aux
recensements au même rythme que les autres
canadiens/canadiennes. Il n'y a pas eu aucune plainte au fait que l'information
a été rendue publique.
Les régistres des recensements du vingtième siècle sont absolument
essentiels pour comprendre les vies passées de toutes les personnes qui ont bâti
notre pays. C'est aussi crucial à la recherche généalogique, un plaisir
partagé annuellement par des milliers de canadiens qui cherchent
leurs racines dans le passé du Canada.En effet, sans l'accès aux régistres
des recensements, notre histoire sera incomplète et notre identité comme
peuple sera sérieusement compromise,
Alors, voyons capitaine Canada, voilà votre chance. Prenez en main le rapport
du comité expert sur l'accès aux recensements historiques, et donnez un coup
d'envol pour l'histoire canadienne. Un pays qui n'a pas de passé n'a pas
d'avenir.
Bill Waiser est membre du Département d'Histoire de l'Université de la
Saskatchewan.